Marathon des Sables

A l’occasion de la prochaine édition qui aura lieu en septembre 2020, je vous fais un petit retour sur mon expérience du MDS. Ce n’est ni une règle à suivre, ni une recette miracle pour être finisher de cette course.

J’ai pris le départ de cette course/trek/trail en 2015 avec à l’époque l’étape la plus longue de l’histoire du MDS puisqu’elle faisait 91,7km. Cette aventure, je l’ai entrepris après un accident du travail ( élongation du tendon quadricipital, contusion du ligament collatéral médial) 2 semaines avant.

Mais surtout c’est une des plus belles leçons qu’on peut apprendre d’une rupture.

Aussi loin que je remonte, j’ai toujours aimé courir. Courir vite, courir longtemps. Laisser les pensées se chevaucher dans ma tête… mais j’ai commencé la course à pied en 2013. On était alors en juin et je m’étais faite larguée en mai. Je vivais très mal cette rupture et mon égo digérait encore moins d’avoir été amoureuse. Aussi le long de la Bièvre, j’ai pris mes baskets et je suis allée courir jusqu’à ce que les larmes m’aveuglent tellement que c’est mon poing qui s’est écrasé volontairement dans un pauvre arbre qui ne m’avait rien fait.

Ce fut le prequel de ma première leçon de rupture : agir.

3 semaines plus tard je m’inscrivais à ma première course, un 8 km. Comme cela se passait très bien, j’ai enchaîné avec un 10, un 15, un 20 puis un 50, un 42… là, ma meilleure amie m’annonçait au téléphone que mon ex dormirait chez elle dans son lit en plus de s’installer dans la ville où j’avais annoncé m’installer après mon diplôme . On était en mai 2014.

Ce fut la goutte d’eau.

Elle a fait explosé mes rêves, mes projets d’avenir… en plus de me faire perdre ma deuxième meilleure amie.

Le MDS, j’aurai voulu le faire avec elle. Pas forcément en courant. Mais parce que tous les reportages que je lisais parlaient de cette amitié indéfectible qui unissait dans l’effort les candidats.

En un soir, j’ai rencontré mon mari, explosé ma CB pour l’inscription du MDS, pleuré une dernière fois mon connard d’ex et mes amitiés perdues, perdu le contact avec l’homme que je fréquentais et respectais.

Une rupture c’est ça : un ras de marée qui détruit tout. Il ne tient qu’à nous de reconstruire quelque chose de meilleur sur ces ruines !

Si vous avez des questions, j’y répondrais avec plaisir en commentaires et étofferait l’article au fur et à mesure de vos suggestions.

Le matériel ?

Pour vous préparer pendant les un an que dure cette préparation, je ne saurais que trop vous conseiller de booster un maximum le mental en lisant Jogging international, Trail magazine, et de récupérer toutes les photographies du marathon des sables ou interview et de les coller comme moi dans votre carnet d’entraînement.

Ce carnet d’entraînement sera votre sésame pour pouvoir évaluer le matériel dont vous aurez besoin.

Vous y annoterez aussi les éléments de la conférence de presse qui aura lieu pour vous donner une idée sur le parcours tenu secret jusqu’à votre arrivée sur le sol marocain.

L’occasion aussi de marquer votre retroplanning en partant de la date du départ jusqu’à la date d’inscription mois par mois. Il faut y inscrire toutes les échéances administratives ( passeport, vaccin, échographie cardiaque, test d’effort, rendez vous chez le médecin) ainsi que matériel ( vaude une marque française a plus de délai de fabrication que sea to summit par exemple ).

Il faudra faire aussi une évaluation des calories. Ci dessus vous avez tous les plats lyophilisés existants et vendus à l epoque avec leur poids et leurs calories. A ce sujet si les dattes de meghoul ne sont pas vos amies : foncez !

Il faudra aussi faire votre tableau de marche avec l’évaluation de ce qu’impliquera de faire tant d’heure sur le terrain et combien cela vaudra en terme de calories.

Le plus dur dans la préparation ?

Le sac.

Mon sac au final : un ultra bag de WAA le meilleur sac au monde selon moi grâce à son ouverture intégrale et son absence de poches ( 2 pour l’eau et une interne en filet ).

Il pèsera au contrôle finalement 12 kilos ce qui est la limite du règlement. Cette année là nous serons deux. Le deuxième fait dans les 90 kilos, est pompier volontaire et c’est son énième marathon des sables. Moi, c est mon premier, je suis une fille, je fais même pas 53 kilos à l’époque. Autant vous dire qu’au contrôle, ils ont pas apprécié…

Pourtant le sac, je l’ai fait et refait tous les jours les deux ou trois mois avant le départ. Mon mari en pouvait plus. A l’époque, chaque fois qu’on se voyait, je refaisais encore et encore le sac…

C’était infernal. J’avais peur de manquer de nourriture, peur d’avoir faim…

Une bêtise ?

Pendant la préparation du MDS, j’ai aussi du tester mon matériel… sauf que mon niveau dans ce domaine était novice.

Du coup, mon réchaud à bois Bushcraft… j ai du l’allumer pendant que ma maman était absente. Avec mon fils en complice, alors âgé de 3 ans, je lui ai expliqué qu’on allait faire une bêtise mais que ce serait rigolo.

On est allé sur la terrasse, on a ramassé du bois et de l’esbit, on a pris un briquet…

Et pres de nos bouteilles d’eau au cas où, on a allumé.

C’était très joli mais ça a flambé tellement fort que j’ai eu peur. On a bien attendu… et on a tout éteint.

Sauf que quand j ´ai enlevé le réchaud… la pierre de la terrasse était brûlée… j ai frotté longtemps et prié que ma mère ne voit rien. C est le cas. Lol

Quel entraînement ?

Aucun ou presque. A l’époque, je faisais une compétition par semaine et j’essayais de courir une fois par semaine. Mais je suis kinésithérapeute libérale et mère célibataire donc j’ai aussi des fois du choisir entre mon couple et mon entraînement ou encore mon travail et mon entraînement… Franchement, c’était pas une bonne idée. Et après mon 50km de l’ecotrail un de mes patients me l’a fait payée cher en me demandant de lui montrer tous les exercices qu il ne comprenait soit disant pas… parce que je boitais énormément. Comme on dit faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Il faut courir au moins 3 fois par semaine pour être bien entraîné.

Mais ce n’était pas mon cas. Je courais une fois par semaine parfois deux. Sur des distances de 5 à 30 km, le plus souvent en compétition.

Une anecdote ? Blanche Neige.

Le livre de Grégoire a la côte sur le net mais avant d’écrire son livre il a écrit un blog… et dans ce blog, il raconte son mds avec blanche neige et les sept nains. C’est beaucoup brodé mais j’ai énormément d’affection pour Gregoire et Philippe. Tous les deux ont été présents pour moi au point de me faire pleurer d’affection dans les moments durs du mds.

Les tentes sont réservées par nationalité mais notre bus au maroc a eu un soucis et c’est le dernier à être arrivé sur le camp et de nuit. On a visité toutes les tentes francaises et aucun francais ne voulait nous donner de places soit disant tout était réservé… c’est humiliant et désespérant.

Finalement, gregoire nous a trouvé une place avec le manager de Nigoland, deux ukrainiens, un autre francais… et c’était une ambiance masculine géniale.

Le plus drôle ça été : bon qui va se laver pendant la compétition ? A la majorité, on a dit non. Et on puait tous sans se sentir ( c’est la femme d’un des coéquipiers qui nous l’a dit lol ).

Peut on se doucher ?

Des nanas du camp prenait une douche tous les jours avec deux bouteilles d’eau dans les tentes prevues à cet effet. Pour ma part, mon eau je la gardais pour boire. Chacun ses priorités.

Ou faire caca ?

J’ai fait mes besoins dans la tente à caca une fois… de nuit. Ma lampe torche a brimé un scarabée qui a surgit… j ai eu tellement peur que je n’ai plus jamais voulu rentrer dedans. Passer le premier jour où faire caca c est difficile devant les autres ( quand y a un seul buisson dans un désert et que tu t y rends… faut pas se leurrer sur le devenir de ce dernier 😉 ) tu t habitues.

Et finalement, mon dernier jour dans le désert, j ai fait pipi devant le garde du corps d un ressortissant russe. J avais peur de me perdre dans le camp de nuit donc tant pis pour l’intimité.

Est ce qu’on voit des bestioles ?

De mémoire de mds, j ai entendu parlé de serpents mais je n’en ai pas vu. J ai dormi une nuit sur une fourmilliere, j ai vu beaucoup de scarabées à caca, des chèvres dans des arbres, des squelettes et un scorpion.

La douleur ?

Je pense que si bon nombre de traileurs sont kinésithérapeutes c’est avant tout parce qu’on sait s’entraîner ( fais ce que je dis pas ce que je fais ), on connait le corps humain et notre corps encore mieux. Et on s’effraie pas de peu.

Pendant la longue de plus de 91 km, j’ai ressenti une douleur à l’EVA supérieure à 10. Pour vous situer, mon fils, j’étais à 5. Ma fille et cette fichue ocytocine à 6. Ma rupture a 7 ou 8.

La notion de seuil douloureux c est le seuil ou vous ressentez une douleur… à un moment, mon corps il lâchait complètement. Comme Philippe l’apprendra, je n’avais pas fait de pause depuis presque 10h de marche… et là, il disait clairement stop.

C’est une sensation étrange. Vous ressentez des douleurs dans la moindre parcelle de votre corps de votre orteil à votre tête. Ca tambourine le cerveau. Et faire un pas devant l’autre est un supplice.

Ca a duré très longtemps… au point d’inquiéter un infirmier qui m’a pistée sur plusieurs CP insistant pour que je prenne de l’ixprim ce que je refusais de faire pendant la course.

La seule chose qui vous fait avancer c’est le mental.

Et a un moment le mental, c’est s’engueuler soi même.  » allez cocotte, on avance « .

Et ça marche.

La résilience, le mental… c’est indispensable sur ce genre de course et c’est ce qui fera la différence.

A l’aéroport, tout le monde me pensait perdante. J’étais la petite jeune, toute seule qui n’avait jamais fait d’ultra, qui était blessée ( accessoirement avait menti à son chirurgien en disant qu’elle allait courir un marathon… et non pendant six jours ) et qui avait un sac trop lourd ( d’ailleurs j ai eu à cause de ce dernier une paralysie du nerf brachial le premier jour ).

La résilience c est croire que quoiqu’on endure il y aura quelque chose de meilleur.

Mais les gens comme moi qui ont une bonne résilience sont des proies faciles pour les pervers narcissiques car ils peuvent supporter énormément avant de dire stop. Et le principe d’un pervers c est de pousser une victime dans le moindre de ces retranchements en allant toujours plus loin. Et si personne ne dit stop…

A chaque qualité, un défaut

En l’occurrence, moi, ca m’a permis de finir vainqueur.

Est ce qu’on se sent seule ?

Jamais.

J’ai eu une nuit difficile où j’ai beaucoup pleuré. Parce que j’attendais beaucoup des gens en France et qu’ils ne m’ont rien apportée. J’espérais que mes patients, mes amis, ma famille m’enverrai un message… et un soir où j ai passé deux heures a l’infirmerie, trente minutes à tenter d’allumer mon réchaud sans succès et que j’ai essayé de retrouver ma tente sur le campement mais je me suis perdue,… j ai vu que je n avais que deux messages : gaelle et mon homme. J ai pleuré encore plus.

En comparaison, gregoire recevait 5 pages de mails par jour.

Alors oui, la dessus j’étais seule… très seule et cela a rendu l’épreuve très difficile. Il est facile de la faire si on est soutenu, entouré… quand y a personne pour comprendre ce que vous vivez et vous soutenir c est dur.

J’en ai voulu à mes amis, à ma soeur, à ma famille pendant longtemps.

Mais sur le marathon des sables de jour vous êtes toujours entourés. Deux fois, j’ai du être isolée : dans les dunes et devant le squelette. C’était délicat.

Et après ?

Vous faites votre album photo lol Photobox imitation Kraft

Plus sérieusement, le retour à la maison, je me suis sentie très seule. Encore plus. La seule personne en dehors de mon fils et mon mari avec qui je me suis sentie bien c’est Mel. Mel qui trouve cela impressionnant de l’avoir fait et qui est la seule à m’avoir posée des questions.

Dans ma famille, ça n’intéressait pas… c’était comme si c’était normal ou rien de l’avoir fait et d’avoir été finisher. On se sent alors très incompris. Et c’est dur.

On se sent aussi invincible. On veut refaire de l’ultra à étapes. On veut repartir car l’expérience est formidable. Et que là bas on se sentait à notre place. C’est dur de reprendre avec ce décalage.

J’ai fait le choix d’atterrir et de repartir au boulot le lendemain. Beaucoup s’accordent une pause après. Moi, j ai repris immédiatement.

Après cela, j’ai été virée, puis, j’ai déménagé… ma nouvelle vie trop prenante me laissait peu de temps pour courir et un ennui de santé qui m’a bien chamboulée a ruiné ma préparation à la Diagonale des Fous.

J’ai fini par ne plus courir. Ca me manque. Souvent. Mais avec deux enfants… c’est devenu trop difficile de trouver le temps.

Exemple du road book qu’on vous délivre à votre arrivée au Maroc. C’est très important d’évaluer votre vitesse de marche pour votre temps à chaque CP.

Ce qui m’a fait tenir ?

Dans la pochette de devant, j’avais mon road book, mon encas, et une photo de mon fils surlaquelle j’avais écris au fur et à mesure de l’année toutes les raisons pour lesquelles je m’étais lancée dans l’aventure.

C’est essentiel.

Ensuite et surtout, on réussit cette épreuve grâce aux coéquipiers. Didier, Philippe, Gregoire… sans eux… ca n’a pas la même saveurs, les mêmes souvenirs.

Ils sont l’essence de ce que j’ai vécu.

Et parmi ceux qui m’ont soutenue : Gaelle, mon mari, le patient d’une collègue, une patiente, un kinésithérapeute remplaçant… ça été leur message qui m’ont portée. J’ai eu de la chance de les avoir pendant ces quelques jours.

Le récit de mon journal du Marathon des Sables suivra sur le blog pendant quelques articles.

Ayan

Une réflexion sur “Marathon des Sables

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